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"COSI' FAN TUTTE" Paris 12 Novembre 2008
NON COSI' FAN TUTTI

Così fan tutte
dramma giocoso in 2 atti
di Wolfgang Amadeus Mozart

Libretto di Lorenzo Da Ponte
Prima rappresentazione: Vienna, Burgtheater


Théâtre des Champs Elysées

Luca Pisaroni, Rinat Shaham, Veronica Cangemi, Paolo Fanale,
Jaël Azzaretti, Pietro Spagnoli
Photo ©Alvaro Yañez

Da sinistra a destra: Luca Pisaroni, Rinat Shaham, Veronica Cangemi, Paolo Fanale, Jaël Azzaretti, Pietro Spagnoli (foto Alvaro Yañez)

In scena "Così fan tutte" al Théâtre des Champs-Elysées. Il cast maschile eccelle.

Di questa produzione di "Così fan tutte", nei salotti buoni parigini, si era già detto tutto prima ancora che il sipario si aprisse. Bersagli preferiti: tanto il regista quanto il direttore d’orchestra. Colpevole l’uno di non avere mai fatto regia d’opera (e soprattutto di essere un attore della Comédie-Française, targata con snobismo come conservatrice), e l’altro di non avere mai diretto Mozart. Mentre il venticello della cabala soffiava, appariva difficile non lasciarsi condizionare. E invece fu la sorpresa. Eric Genovèse firma una regia onesta, al servizio della parola, senza mai fare d’intralcio alla musica: il libretto di Da Ponte ne esce esaltato anche per un pubblico che non capisce necessariamente l’italiano. La recitazione dei cantanti è curatissima e l’“araba fenice” delle nozze tra testo e musica sembra ritrovarsi sul palcoscenico. Senza star strabilianti, il cast brilla. Convincenti la Dorabella di Rinat Shaham e la Despina di Jaël Azzaretti servita dai suoi talenti d’attrice. Ma soprattutto sono i tre uomini a rivelarsi come i migliori. Pietro Spagnoli è un artista completo. Luca Pisaroni s’impone sulla scena con autorevolezza. E il giovane Paolo Fanale seduce grazie ad un timbro cristallino anche se il volume è ancora timido. Perla nera della serata: Veronica Cangemi, per nulla a suo agio con gli sbalzi di Fiordiligi. “Per pietà” è salvato dal mestiere, ma non dal talento. Jean-Christophe Spinosi ha capito il respiro mozartiano. Sa propagare energia senza strafare. Non trascina l’ensemble Matheus in tempi eccessivi, regala al contrario, sospensioni liriche. Va detto senza ambiguità: dopo Vivaldi e Rossini, conquista pure Mozart. Solo nei recitativi, i cantati erano abbandonati a se stessi dalla fortepianista, che lascia lunghi momenti vuoti.
Alessandro Di Profio


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Le syndrome Amadeus


Date: nov 12, 2008

Wolfgang Amadeus MOZART (1756-1791)

Cosi fan tutte
ossia la scuola degli amanti

Dramma giocoso en deux actes (1790)
Livret de Lorenzo Da Ponte


Eric Génovèse, mise en scène
Jacques Gabel, décors
Luisa Spinatelli, costumes
Olivier Tessier, lumières

Veronica Cangemi, Fiordiligi
Rinat Shaham, Dorabella
Paolo Fanale, Ferrando
Luca Pisaroni, Guglielmo
Pietro Spagnoli, Don Alfonso
Yaël Azzaretti, Despina

Ensemble Matheus
Choeur du Théâtre des Champs-Élysées
Jean-Christophe Spinosi, direction musicale

Paris, Théâtre des Champs-Elysées, Mercredi 12 novembre 2008, 19h30


Le syndrome Amadeus

« Mozart a pris congé de nous » affirme Sylvain Fort dans son édito du mois de novembre, regrettant que les chefs d’aujourd’hui dans leur quête d’un Mozart « vérité » nous servent une sauce fouettée au détriment de la grâce qui prévalait jadis. Comme si, suivant l’exemple de Milos Forman au cinéma, ils s’acharnaient d’une baguette rageuse à biffer l’adjectif qu’on accole d’habitude au nom de Mozart : « divin ». Le syndrome Amadeus en quelque sorte. Quelle prescience ! Jean-Christophe Spinosi s’emploie à lui donner raison durant les 3 bonnes heures que dure Cosi fan tutte. Et puisqu’on parle d’épithète, « Bouillonnant » n’est-il pas celui qu’on utilise le plus souvent pour qualifier le fondateur de l’Ensemble Matheus. Hélas, cette effervescence qui apporta aux œuvres de Vivaldi une nouvelle jeunesse et valut à notre homme pressé son succès ne suffit pas dans Mozart. Attaqué dare-dare (l’ouverture est menée si vite que le public oublie de l’applaudir pensant sans doute qu’elle n’est pas encore terminée) et bringuebalé d’un tempo à un autre, le plus subtil des opéras de la trilogie Da Ponte abandonne sa perruque poudrée – c’est l’effet recherché – mais aussi une bonne partie de son charme, avec, pour toute matière sonore, un jus acide – prune et framboise écrasée – et des coups de timbales à rendre sourd. Jusqu’aux ensembles vocaux - la pierre de touche de Cosi ; jamais Mozart ne s’est autant régalé de polyphonies – dont la dentelle s’effiloche : en place mais ternes, sans relief au point de laisser penser que les chanteurs réunis s’apparient mal. Les deux sœurs finissent pourtant par se rencontrer dans un « Ah signor,son rea di morte » où affleure un soupçon de magie. Il s’agit de la dernière scène de l’opéra.

Veronica Cangemi auparavant aura bataillé en vain pour tenter de maîtriser une partition – redoutable – qui, bien qu’elle soit souvent confiée à un soprano, sollicite davantage le grave et le medium que l’aigu d’un extrême à l’autre de la portée. Ce n’est pas tant la dimension des intervalles que la projection dans les registres inférieurs qui pose problème à la chanteuse. Les écarts de « tempesta » dans « Come scoglio » ou de « vergogna » dans « Per pieta » (méchamment chahuté par les cors soit dit en passant) sont habilement négociés. Vivaldi, avec Spinosi justement, lui a appris à dévaler la gamme.
Rinat Shaham, voix chaude et timbrée, après quelques effets de poitrine qui rappellent plus Carmen (l’un des fleurons de son répertoire) que Dorabella, reprend ses marques pour finir en beauté avec un « E amore un ladroncello » d’une délectable immoralité.
Paolo Fanale peine lui aussi à démarrer, la voix ne trouvant sa position qu’à partir de son premier air, « Un’aura amorosa », alangui à l’excès. Deuxième prix du concours international de chant de Toulouse, doté d’un physique qui fait déjà battre les cœurs, le jeune ténor appelé pour remplacer Francesco Meli initialement prévu en Ferrando, surmonte ensuite les embûches du rôle mais doit encore faire ses preuves. Il souffre à vrai dire de la comparaison avec Luca Pisaroni qui, en pleine possession de ses moyens, campe un Guglielmo idéal dont on ne sait ce qu’il faut admirer le plus : la présence, l’interprétation ou la voix.
Belle composition aussi de
Pietro Spagnoli, Don Alfonso, qui use de couleurs pour être à la fois séduisant et inquiétant. Le soprano musical mais poids plume de Yaël Azzaretti tire inévitablement Despina vers la soubrette, tout ce que la servante de Cosi ne devrait pas être…

Après Rigoletto à Bordeaux en 2007, Eric Genovese résente sa deuxième mise en scène d’opéra. L’homme de théâtre transparait derrière l’attention portée aux gestes et aux attitudes, avec un respect scrupuleux des didascalies et de la musique. Illustration plutôt qu’interprétation donc plombée par des décors qui se veulent esthétisants – la marque de Cosi depuis quelques productions (on pense à Kiarostami a Aix cette année pour les effets de perspective et aussi aux murs grèges peints à l’éponge chez Chéreau toujours à Aix) – mais qui, avec leurs deux boites pivotantes comme unique dispositif, lassent vite l’œil. L’oreille; elle, attend vainement toute la soirée de retrouver ce qui d’habitude la chavire dans Mozart et qu’un seul mot parvient à exprimer : « divin ».

Christophe RIZOUD


http://www.lefigaro.fr/musique/2008/11/14/03006-20081114ARTFIG00318-un-cosi-fan-tutte-trop-lisse-.php

Un «Cosi fan tutte» trop lisse

Christian Merlin
19/11/2008 | Mise à jour : 13:26



Malgré de très belles voix, on attendait plus de ce Cosi.
Le Théâtre des Champs-Élysées présente une version neutre de l'œuvre très complexe de Mozart .


Quand un homme de théâtre se lance dans la mise en scène d'opéra, cela peut donner deux résultats diamétralement opposés : une vision radicalement renouvelée, ou une timidité paralysante. C'est le symptôme qui semble avoir contaminé Éric Génovèse pour le Cosi fan tutte du Théâtre des Champs-Élysées. Ce sociétaire de la Comédie-Française est un homme de goût et d'humilité. Il ne met rien cul par-dessus tête, il sait diriger les chanteurs et rendre une action lisible. Mais Cosi ? Son ambiguïté, sa sensualité, son comique, son tragique, ses sous-entendus, ses audaces ?

L'œuvre psychologiquement la plus complexe du répertoire devient un honnête spectacle qui ne dérange pas, modeste mais plat, fluide mais fade : neutre. En un mot : c'est le type même d'opéra d'autrefois qui nous conforte dans notre préférence pour les mises en scène modernisées. Ce qui est d'autant plus regrettable qu'il est encore tout à fait possible de réussir un Cosi fan tutte en costumes d'époque : Strehler ou Ponnelle n'ont pas pris une ride, alors qu'ils jouaient en perruque. Mais ils tiraient la substantifique moelle des œuvres et ne s'en tenaient pas à l'illustration. Bref : on attendait plus de ce Cosi.

Tout comme on attendait plus de Jean-Christophe Spinosi. Souvent roborative ailleurs, son énergie proverbiale se révèle ici contre-productive. Car si Mozart est un poète de l'instant, il est aussi un grand architecte : or, ce qui manque le plus au chef est le sens d'une construction musicale continue. Sous couvert de tonicité, le morcellement de sa direction se traduit aussi par une cohésion pour le moins brouillonne entre le plateau et un Ensemble Matheus que l'on a entendu mieux sonnant.

Quelques bonheurs


Il y avait du vent dans les voiles de l'orchestre le soir de la première, et pas seulement du côté des cors naturels, dont les tuyaux remplis de pièges se sont montrés récalcitrants, mercredi soir, dans le véritable concerto pour cor qu'est l'air Per pieta. Bonheurs divers dans la distribution : total avec le Guglielmo de Luca Pisaroni, qui se confirme comme l'une des plus belles voix de baryton-basse du moment, sans réserve avec l'Alfonso de
Pietro Spagnoli, qui chante entièrement un rôle que beaucoup se contentent de parler. Jaël Azzaretti allie rigueur et caractère, seul le choix de confier Despina à un soprano léger pouvant être discuté : question de couleur vocale. Beau mezzo de Rinat Shaham, malheureusement lésée par le tempo en dépit du bon sens pris par le chef dans l'air Smanie implacabile.

On frise en revanche l'erreur de distribution avec l'excellente Veronica Cangemi, dont la musicalité naturelle et la chaleur du timbre ne lui permettent pas de venir à bout des écueils du rôle de Fiordiligi. Mais on a bien envie de réentendre le tout jeune ténor Paolo Fanale, encore un peu léger mais dont les capacités expressives font tendre l'oreille.


http://www.resmusica.com/aff_articles.php3?num_art=5991
La Scène Lyrique

Così fan tutte
[Paris]

Così expressionniste

La Scène Lyrique Pays : FRANCE Région : ILE DE FRANCE Imprimer l’article Tous les articles de Nicolas Pierchon

Paris, Théâtre des Champs-Elysées. 12-XI-2008. Wolfang Amadeus Mozart (1756-1791) : Così fan tutte, opéra en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Eric Génovèse ; costumes : Luisa Spinatelli ; décors : Jacques Gabel ; lumières : Olivier Tessier. Avec : Veronica Cangemi, Fiordiligi ; Rinat Shaham, Dorabella ; Jaël Azzaretti, Despina ; Paolo Fanale, Ferrando ; Luca Pisaroni, Guglielmo ; Pietro Spagnoli, Don Alfonso. Chœur du Théâtre des Champs-Elysées (chef de chœur : Emmanuel Trenque), Ensemble Matheus, direction : Jean-Christophe Spinosi.

Un Così expressionniste. Oubliez les lectures sages, galantes, poétiques. Jean-Christophe Spinosi ne craint pas l’abus du forte jusqu’à couvrir les solistes – un écueil pourtant rare dans Così. Plus à même de traduire la virtuosité quasi gratuite de Vivaldi, l’ensemble Matheus semble hors de propos chez Mozart. Du génie de Salzbourg il manque l’esprit, la mélancolie. Les timbales sont agressives, les cuivres maladroits, les violons manquent totalement de moëlleux, seuls hautbois et clarinettes inspirés réconcilient avec l’ensemble. Les tempi sont souvent trop raides, et les chanteurs peinent alors à suivre, ou bien fort lents, ce qui marque intelligemment les cinq accords sur « Co-si-fan-tut-te » mais donne un « Per pietà » à mourir d’ennui, d’autant qu’il est fort mal chanté. Le « Bella vita militar » est hurlé, tant par le chœur que par l’ensemble, ce qui peut se comprendre pour un ensemble chanté par des soldats mais il faut alors accepter de faire le deuil d’une conception hédoniste de cette musique raffinée pour admettre que, sur le plan rhétorique, l’effet est atteint. Cette production sort de la conception de Così fan tutte tel un conte philosophique (c’était notamment le propos des époux Herrmann, dont la production est disponible en DVD), cette conception d’une parenthèse qu’est la tromperie, entre le début et la fin où les couples sont les bons. Au contraire, ici tout est réaliste. Don Alfonso est l’inquiétant maître d’œuvre de la machination : il paye des villageois pour chanter le « Bella vita militar » dont il distribue la partition – Génovèse répond ainsi à une question pratique : pourquoi des femmes chantent-elles cet air militaire ? Le vieil Alfonso donne ses ordres aux techniciens qui viennent changer à vue les décors où envoie au chef un signal pour que celui-ci fasse taire l’orchestre, une fois qu’il a terminé sa tirade. La direction d’acteurs fourmille de bonne idées et traduit par exemple merveilleusement la gêne qui saisit les quatre jeunes gens livrés à eux-mêmes, une fois Alfonso et Despina partis (II, 5). C’est XVIIIe et pourtant ce n’est pas galant mais expressionniste. On se jette beaucoup à terre, la gestuelle est moderne. Le réalisme affiché est aussi celui de la production. Così fan tutte se déroule au XVIIIe, ce qui se traduit dans les costumes bien sûr, mais aussi dans des décors soignés, aux couleurs pastels très XVIIIe et évoquant joliment la campagne italienne. Eric Génovèse souligne l’artificialité de la fin – la leçon de morale optimiste gaiment chantée en sextuor (« Fortunato, l’uom que prende… ») après la triste tombée des masques – en montrant le fond de scène, la cage sans décor. Il montre l’univers du jeu, la pièce de théâtre montée par Alfonso, mais sans la noirceur de la vision de Chéreau : il ne s’agit pas de quatre tentateurs contre les deux jeunes filles : Despina agit par nécessité et les deux garçons sont trompés et brisés dans leur idéal optimiste, aussi bien que leurs fiancées.

On regrette que cette belle production soit desservie par une distribution inégale. Les deux sœurs sont ne sont pas du niveau attendu. Elles semblent se livrer au concours du plus gros vibrato. Veronica Cangemi n’a plus l’âge ni l’agilité de Fiordiligi, et, même s’il est compréhensiblede de peiner à un bout comme à l’autre du grand ambitus de Fiordiligi, ne le rachète pas par un médium bien sec. Rinat Shaham est un peu mieux en place, même si le timbre n’est pas des plus sensuels et que la voix bouge trop dans le « E amore un ladroncello ». Jaël Azzaretti en revanche fait une belle prise de rôle et vient donner vie et jeunesse aux trios féminins où l’on ne croit pas un instant que les sœurs ont quinze ans. Paolo Fanale remplit son contrat, chante toutes les notes, mais son Ferrando quasi vériste est-il vraiment de Mozart ? Le style est l’apanage des seuls barytons : Luca Pisaroni tout d’abord, Guglielmo baravache qui traduit à merveille l’hésitation du personnage entre amitié et rivalité pour Ferrando, voix superbement timbrée et phrasés superbes. Pietro Spagnoli ensuite, Alfonso machiavélique à la diction évidente et à la classe inégalée.

par Nicolas Pierchon